Depuis plusieurs années, le taux de mortalité sur les routes ne cesse d’augmenter. Face à cette hausse, le Gouvernement a fait de la sécurité routière sa priorité. Pour 2018, il souhaite d’ailleurs réduire la vitesse à 80 km/h sur les routes nationales, bidirectionnelles, départementales et sans séparateur central. Le CISR (Comité Interministériel à la Sécurité Routière) doit prendre sa décision le 9 janvier prochain.

La mort du 90 km/h

Sur quelles routes la limitation de vitesse à 80 km/h sera-t-elle mise en œuvre ?

La limitation de vitesse à 80 km/h sera mise en place sur les routes secondaires (nationales et départementales), bidirectionnelles et sans aucune séparation centrale. Au total, plus de 400 000 km de routes seraient concernés par cette nouvelle mesure.

Les routes secondaires sont celles concernées par cette limitation, car elles enregistrent plus de la moitié du nombre de tués sur les routes (environ 55%) et le plus grand nombre d’accidents routiers ont lieu sur ces dernières, selon l’ONISR (l’Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière).

Limitation de vitesse à 80 km/h : pourquoi cette décision a-t-elle été prise ?

Cette nouvelle mesure du Gouvernement a été prise dans un objectif précis : réduire le taux de mortalité sur les routes, un taux qui ne cesse d’augmenter depuis plusieurs années. Selon le Gouvernement, réduire la vitesse à 80 km/h permettrait de diminuer le taux de mortalité de manière durable, mais pas seulement. Abaisser la vitesse permettrait également de réduire la distance d’arrêt (64 mètres en roulant à 80 km/h contre près de 70 mètres en circulant à 90 km/h), de diminuer de 30% le taux d’émission de polluants dans l’atmosphère et d’économiser jusqu’à 120 euros de carburant sur une année.

(Selon la sécurité routière 28,8 % des français reconnaissent ne pas respecter les limitations de vitesse. http://www.securite-routiere.gouv.fr/medias/les-chiffres-de-la-route/les-chiffres-de-la-vitesse )

Autre point important : en limitant la vitesse à 80 km/h, il n’y aurait aucun impact sur la durée du trajet.

Cette nouvelle limitation de vitesse concernera tous types de véhicules : voitures, deux-roues et poids lourds.

Vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires : plus de 400 vies sauvées

En novembre dernier, la Sécurité routière annonçait le pourcentage de morts sur les routes : 8.9%. Au total, 3 477 personnes ont donc perdu la vie sur les routes françaises en 2016, un chiffre important et qui est loin de l’objectif fixé par le Gouvernement qui souhaite passer sous la barre des 2 000 morts (chiffre fixé par Manuel Valls en 2012) d’ici 2020.

Pour préparer les esprits à cette nouvelle limitation de vitesse, l’association routière a adressé aux préfets une note mettant en avant les avantages de cette décision qui permettrait de sauver jusqu’à 400 vies par an, voire 600 si cette limitation de vitesse est vraiment respectée, a déclaré Chantal Perrichon, la présidente de la Ligue contre la violence routière.

Selon cette note, six mois seraient nécessaires pour mettre en place  cette mesure.

Limitation de vitesse : une décision qui divise

Le sujet de la limitation de vitesse à 80 km/h avait déjà été évoqué en décembre 2016 par Edouard Philippe, le Premier ministre qui s’était dit très favorable à cette décision « à titre personnel ».

Edouard Philippe Premier ministre français

Selon la Déléguée Générale de l’association Prévention routière, Anne Lavaud, « si on baisse de 1% la vitesse, ça fait baisser de 1% le nombre d’accidents, de 2% le nombre de blessés et de 4% le nombre de tués ».

Pour Chantal Perrichon, « baisser les vitesses autorisées est la décision la plus importante pour la sécurité routière, car la vitesse est le premier facteur de mortalité sur la route ».

Les pouvoirs publics semblent également unanimes quant à cette mesure.

Les associations de défense des automobilistes défavorables

Malgré les avis favorables, les associations de défense des automobilistes sont quant à elles contre cette décision. Pour montrer son désaccord, l’association de 40 millions d’automobilistes a d’ailleurs décidé de lancer une pétition sur la toile tout comme la Ligue de Défense des Conducteurs qui estime que « cette baisse n’a aucun fondement en matière de sécurité routière ». Sa pétition a déjà obtenu plus de 1.5 million de signatures. La pétition lancée par l’association des conducteurs a quant à elle obtenu plus de 2 millions de signatures.

De son côté, la FFMC (Fédération Française des Motards en Colère) a décidé de poser des questions sur un forum à large diffusion : « Quel sera le coût du changement des panneaux, en matériel et en moyens humains ? Qui payera ces frais ? », « Que vont en dire les organisations syndicales des chauffeurs routiers ? » ou encore « Les poids lourds sont déjà limités à 80 km/h sur le réseau secondaire… faudra-t-il abaisser leur limitation au risque de désorganiser toute la logistique du fret routier (temps de routes et géolocalisation des plateformes logistiques) ? ».

Une mesure pour le moment non confirmée

Cette nouvelle limitation de vitesse sur les routes secondaires est pour le moment toujours à l’étude. En effet, face aux nombreuses réticences, la réponse concernant cette nouvelle mesure sera annoncée le 9 janvier prochain durant le Comité Interministériel de la Sécurité Routière, au lieu du 18 janvier.

Du côté des coûts, agir sur la limitation de vitesse serait moins onéreux et plus facile à mettre en œuvre que les autres problèmes routiers auxquels le Gouvernement doit faire face, à savoir l’alcool au volant, responsable dans plus de 26% des accidents de la route.

Vitesse limitée à 80 km/h : une limitation déjà testée en France et appliquée en Europe

Des tests sur la réduction de vitesse déjà mis en place en 2015

En 2015, la baisse de la vitesse à 80 km/h au lieu de 90 km/h avait déjà été testée sur plusieurs tronçons de routes dans différents départements français : sur 49 km entre la Nièvre et l’Yonne, 18 km sur la RN7 dans le département de la Drôme et sur 14 km sur la RN57 en Haute-Saône. Cette expérience a pris fin le 1er juillet 2017, mais pour le moment, aucun résultat n’a été dévoilé par les pouvoirs publics. En revanche, cette expérimentation a été prise en compte par la Sécurité routière, qui a envoyé une note aux préfets résumant les principaux effets de cet essai : aucun embouteillage supplémentaire n’a été constaté, une baisse du taux d’accidents a été enregistrée et une vitesse clairement diminuée. En ce qui concerne les effets sur la mortalité, aucune donnée n’a été renseignée.

Panneau de limitation de vitesse : 80 km/h

En Europe

Certains pays européens ont déjà mis en place la limitation de vitesse à 80 km/h sur leurs routes secondaires. C’est le cas des Pays-Bas, du Danemark, de la Finlande ou encore de la Norvège. En Suède, la vitesse est même limitée à 70 km/h.

Pour Chantal Perrichon, appliquer cette mesure permettrait de diminuer de manière considérable le nombre de morts sur les routes : « lorsque vous baissez la vitesse moyenne de 1 %, vous avez 4 % de tués en moins, comme on le constate dans tous les pays qui ont appliqué cette baisse » a-t-elle expliqué à BFM TV.

Alors, en 2018, les automobilistes devront-ils lever le pied sur certains axes routiers ? La limitation de vitesse à 80km/h sur les routes secondaires sera-t-elle mise en place ? La réponse sera rendue le 9 janvier prochain.