Le radar embarqué, aussi appelé par certains radar mobile mobile, est celui qui éveille le plus la crainte du conducteur. Invisible et indétectable, se fondant dans la circulation, il peut flasher les contrevenants dans de nombreuses situations. Aujourd’hui, nous faisons le point sur ces radars et leur privatisation.

Radar embarqué : bientôt des conducteurs privés

Radar embarqué : la voiture radar mobile mobile aujourd’hui

Le principe du radar embarqué est simple : un système de contrôle de vitesse et de lecture de plaques minéralogiques est dissimulé à l’avant et à l’arrière d’un véhicule, associé à un dispositif de prise de clichés des véhicules contrevenants. Ces clichés sont envoyés directement à Rennes, au Centre automatisé de constatation des infractions routières (CACIR) au sein du Centre national de traitement (CNT) situé à Rennes. Là, chaque infraction relevée automatiquement par le radar embarqué est constatée et validée par un Officier de Police Judiciaire (de la police nationale ou de la gendarmerie), puis le procès verbal est envoyé au titulaire de la carte grise. A charge ensuite à celui qui reçoit de payer ou de dénoncer le conducteur s’il s’agit d’une entreprise

Donc ce radar embarqué nouvelle génération embarque à bord deux membres des forces de l’ordre en uniforme, l’un pour le conduire, l’autre pour indiquer les limitations de vitesses en temps réel. La principale cible de ces voitures radars est le grand excès de vitesse, dû à ses marges d’erreurs importantes :

  • 10 km/h sont retranchés à la vitesse relevée en dessous de 100 km/h
  • 10 % sont soustraits à la vitesse relevée au-delà de 100 km/h

Contrairement aux radars fixes ou aux radars “chantiers”, le radar embarqué n’est jamais signalé, ni lorsqu’il contrôle en s’insérant dans le flot de circulation, ni lorsqu’il est installé en bord de chaussée pour des contrôles stationnaires. De nombreux modèles peuvent être des radars embarqués aujourd’hui : Renault Mégane, Peugeot 208, 308 et 508, Dacia Sandero Stepway, Citroën Berlingo… Cette liste est appelée à évoluer avec le temps, puisque leur nombre ne cesse d’augmenter.

Radar embarqué : où en est la privatisation ?

A ce jour, et à notre connaissance, le nouveau gouvernement n’est pas revenu sur les décisions du précédent concernant la privatisation des radars embarqués. Une première phase de test est déjà en cours à Evreux, depuis le 24 février dernier, puisque six radars embarqués font l’objet d’expérimentations avec des conducteurs privés. A compter du 1er septembre, la zone de test s’étendra à toute la Normandie, avant de couvrir l’ensemble du territoire à compter du 1er janvier 2018. Les raisons invoquées sont nombreuses : libérer du temps pour les forces de l’ordre, créer des emplois, mieux utiliser les ressources de l’Etat, assurer un meilleur respect des limitations de vitesse…

Du 19 avril au 24 mai dernier, l’avis de marché public publié a permis de lancer la seconde phase d’expérimentation de cette privatisation de radar embarqué, en toute discrétion. La procédure restreinte affectée à ce marché public a limité aux documents de l’appel d’offre à certains acteurs préalablement autorisés par le Ministère de l’Intérieur. Le seul élément accessible est donc la description succincte qui en est faite : “Le présent marché a pour objet des prestations de conduite de véhicules radars en région Normandie. Le titulaire aura pour missions principales : – La conduite des véhicules selon des parcours que le titulaire devra définir conformément aux plans de contrôle du pouvoir adjudicateur ou ses représentants dans un système d’information -La supervision des chauffeurs via un système de gestion de flotte – La gestion des interfaces avec les prestataires chargés de la maintenance de la voiture ou du système radar embarqué et la coordination avec les services de l’Etat.” Le marché proposé porte sur la période d’expérimentation qui s’ouvre à compter du 1er septembre 2017 en Normandie, pour une période de 12 mois renouvelable trois fois maximum et un nombre de 26 véhicules radars au début de la prestation. Les conducteurs privés de radar embarqué devront respecter un itinéraire précis, sous contrôle d’un centre de supervision permettant de les localiser en temps réel. Par ailleurs, ces voitures radars resteront la propriété de l’Etat et devront être parqués chez les forces de l’ordre lorsqu’ils ne seront pas utilisés. Nous attendons donc les résultats de cette consultation clôturée depuis le 24 mai. Mais ce que ne dit pas cet appel d’offre, c’est si l’expérimentation étendue à la région Normandie entraînera des PV réels pour les infractions relevées par ces 26 radars embarqués privatisés…

Privatisation et radar embarqué : pourquoi ça coince ?

Toujours est-il que cette mesure est perçue par une majorité d’automobilistes comme une accentuation des contrôles et de la répression. A noter également, le désengagement de l’Etat via la sous-traitance de ces contrôles. Et les craintes des conducteurs sont nombreuses, et souvent issues de l’expérience du privé… En effet, si le précédent gouvernement garantissait qu’aucun objectif (en nombre d’infractions relevées) ne serait fixé aux quelques 1000 chauffeurs engagés pour faire roulers les radars embarqués jusqu’à 8 heures par jour, nous pouvons en douter au regard du fonctionnement des entreprises privées. Ainsi, même si ni le conducteur du radar embarqué, ni l’entreprise détentrice du marché, n’auront accès au nombre de véhicules verbalisés ou aux montants des amendes, l’objectif pour l’Etat reste de rentabiliser l’investissement de 70.000 € par voiture radar, sans compter l’entretien de 18.000 € par an…

Petit problème dans ce raisonnement ! L’actuel radar embarqué nécessite deux membres des forces de l’ordre à bord : un dédié à la conduite de l’auto, quand l’autre est chargé de modifier les limitations de vitesse. Hors pour permettre la privatisation de la conduite des voitures radars, l’Etat a prévu qu’une seule personne sera à bord du véhicule. Les limitations de vitesse seront automatiquement reconnues par le futur radar embarqué grâce à deux caméras à l’avant et deux autres à l’arrière, associés à un système de lecture automatique des panneaux… Donc les quelques 450 voitures radars déjà en circulation ne pourront pas faire l’objet de cette privatisation !

En conclusion, les voitures radars déjà en circulation ne pourront pas voir leur exploitation externalisées vers une entreprise privée… Seuls les nouveaux radars embarqués, ou ceux qui seront modifiés, pourront faire l’objet de cette privatisation. En attendant, 450 de ces véhicules circulent déjà sur nos routes, en moyenne 1h13 par jour… Alors attention à vos points, car ils se montrent impitoyables avec les contrevenants !