Porsche est venu à bout d’une 85ème édition des 24 heures du Mans riche en suspense. Malgré un statut de favori, le chat noir persiste pour Toyota, perdant pour la 19ème fois en autant de participation. Revivez avec nous les événements majeurs de cette course mythique !

24 heures du Mans : Porsche n°2, vainqueur 2017 au général et en LMP1 (crédits : Maxence Pelletier)

Tout avait pourtant bien commencé pour l’équipe japonaise : 3’14″791, c’est le temps canon qu’il a fallu à Kamui Kobayashi en qualification des 24 heures du Mans pour boucler les 13,629 km du tracé Sarthois et qui correspond à la nouvelle référence chronométrique. Au volant de la Toyota n°7, le pilote japonais n’a laissé le soin à personne de s’en approcher, ayant bénéficié de conditions de piste parfaites. Le weekend manceau s’annonçait pourtant sous les meilleurs hospices pour le constructeur japonais qui avait qualifié sa n°8 en 2ème place et sa n°9 en 4ème place entre les deux Porsche.

24 heures du Mans : départ et première heure de course

A 15h est donné le coup d’envoi de la plus grand course d’endurance du monde, les mythiques 24 heures du Mans. D’entrée, la Porsche n°1 subtilise la seconde place à la Toyota n°8 alors que la ByKolles prend la 5ème place à la Toyota n°9. La ByKolles n’aura pas le temps d’en profiter qu’une épaisse fumée se dégage de l’avant gauche de la voiture dès le virage du Tertre Rouge, faisant penser à une crevaison. Obligé de rentrer au stand, le proto des hommes de Colin Kolles ressortira mais devra vite abandonner sur casse moteur.
La 40ème minute de course marque la première salve des ravitaillements qui ont permis à la Toyota n°8 de souffler la seconde place à la Porsche n°1. Dans la foulée, Sébastien Buemi, au volant de cette même Toyota n°8, en profite pour porter l’estocade sur Mike Conway (Toyota n°7) et ainsi s’emparer de la tête de la course.

24 heures du Mans : la chaleur s’invite dans la course

Au bout d’une heure, c’est donc la Toyota n°8 qui mène devant la n°7 et la Porsche n°1. Dans les autres catégories, la Rebellion n°31 est en tête du LMP2, l’Aston Martin n°95 du GTE Pro et la Ferrari n°62 mène les débats en GTE Am. Les écarts sont très serrés dans chaque catégorie. Les Porsche 919, que l’on pensait nettement plus lentes que les Toyota, semblent avoir un excellent rythme dans ces conditions de chaleur.

Chaleur qui fait l’objet de nombreuses discussions, le règlement des 24 heures du Mans disant que si la température ressentie dépasse les 32°, la direction de course se réserve le droit de limiter le roulage par pilote à 80 minutes maximum si la voiture n’est pas équipé de climatisation. On sait d’ores et déjà que la Toyota, afin de gagner du poids, en est dépourvue. En revanche, Porsche entretient le mystère et personne ne sait si son prototype en est équipé ! Une telle limitation aurait des conséquences importantes sur la stratégie, les proto de têtes étant capable de faire des relais de 50 minutes, cela obligerait à raccourcir la durée de ces relais et augmenter le nombre de passage par la voie des stands. Fort heureusement pour Toyota, la direction de course ne jugera pas la température ressentie assez élevé. Si le mercure affiche exactement 32°, la notion de température ressentie est relative car dépendante de nombreux facteurs telle que le vent ou le taux d’humidité.

Au bout de 2h30 de course, alors que les équipages changent de pilotes, les 3 premiers se tiennent en moins de 30 secondes et la lutte est serrée à tous les niveaux. Pour preuve, en LMP2, les 2 Rebellion et la Jackie Chan DC Racing n°38 ont un écart de seulement 4 secondes. Tandis qu’en GTE Pro, les 9 voitures du deuxième au dixième se tiennent en 30 secondes ! A la faveur des ravitaillements, la Toyota n°8, alors pilotée par Anthony Davidson, perd sa 1ère place et se fait également doubler par la Porsche n°1.

24 heures du Mans : premiers rebondissements chez les leaders en soirée

A 18h21, soit 3h21 après le départ, douche froide pour l’Aston Martin n°95, alors en tête de la catégorie GTE Pro des 24 heures du Mans, qui se retrouve au ralentit suite à une crevaison et se fait doubler par tout le paquet. Dix minutes plus tard, nouveau coup de théâtre ! La Porsche n°2 s’arrête au stand pour un problème d’hybride ! Capot avant enlevé, les mécaniciens s’affairent à changer le récupérateur d’énergie situé sur le train avant. Il faudra un peu plus d’une heure pour réparer et repartir en dernière position. A ce moment de la course, il apparaît évident que cette voiture est hors-jeu…

Sur le coup de 20h30, heure qui voit la course sous régime de slow-zone durant 40 minutes à cause d’un violent accident de la Ferrari n°82 (GTE Pro), le classement est inchangé. La Toyota n°7 mène devant la Porsche n°1 et la Toyota n°8. La Toyota n°9, obligé de changer de portière, est 4ème. En LMP2, statu quo avec les deux Rebellion toujours devant la Jackie Chan DC Racing. En GTE Pro, c’est l’Aston Martin n°97 qui a profité des déboires de la n°95 pour prendre le commandement. Vers 21h30, Nakajima, au volant de la Toyota n°8, va porter l’estocade sur la Porsche de Lotterer. Une belle passe d’arme qui va inverser les positions. La soirée se passe sans encombre jusque vers 22h50, où la Toyota n°8 rentre au stand avec énormément de fumée au niveau des freins avant, victime d’un problème de transmission.

2h plus tard, et alors que la n°8 n’est toujours pas ressortie, c’est l’hécatombe pour Toyota car la voiture de tête est au ralenti suite à un problème d’embrayage ! Obligé de s’arrêter, le poleman Kamui Kobayashi ne parviendra pas à ramener la n°7 dans son stand, c’est l’abandon ! La victoire aux 24 heures du Mans se joue alors entre la Porsche n°1, confortablement en tête devant la Toyota n°9. A ce stade de la course, c’est la LMP2 n°31 du team Rebellion qui truste la dernière marche du podium au classement général.

Toyota : la malédiction des 24 heures du Mans continue

Peu après 1h du matin, alors que la n°8 a repris la course avec 28 tours de retard sur la tête, le cauchemar continue pour Toyota, la n°9 étant au ralenti suite à une crevaison, une LMP2 ayant percuté la voiture, surpris par le fameux « lift and coast ». On pense que le prototype japonais va pouvoir rallier son stand, mais celle-ci prend feu et oblige son pilote, Nicolas Lapierre, à arrêter sa voiture à Arnage ! Alors que le safety car est déployé, Lapierre tente malgré tout de ramener son prototype. Peine perdue pour le français qui doit se résoudre à abandonner.

Le scénario est incroyable, en 2 heures, Toyota a tout perdu et confirme son statut de maudit des 24 heures du Mans ! A la mi-course, seulement 6 abandons sont à déplorer, mais la moitié provient de la catégorie reine ! Ce ne sont donc pas une, mais deux LMP2 qui se retrouvent sur le podium. Les deux Rebellion trustant la tête de la catégorie.

24 heures du Mans : état des lieux après 12h de course

Peu après la mi-course (à 3h18 du matin), c’est cette fois la Rebellion n°31, alors 2ème du général et en tête du LMP2, rentre aux stands pour une réparation inopinée. La voiture repart au bout de 4 minutes et a dû rétrograder au 4ème rang, derrière l’autre Rebellion et le proto du Jackie Chan DC Racing n°38. L’équipe chinoise, qui compte dans ses rangs le jeune Thomas Laurent, va en profiter pour dépasser la Rebellion n°13.

Alors que le reste de la nuit est plutôt calme, au petit matin, le classement est le suivant :
La Porsche n°1 est seule au monde et mène le général devant la Rebellion n°13, en tête du LMP2 et 2ème du général, juste devant la Jackie Chan DC Racing n°38. L’Aston Martin n°95 a repris les commande du GTE Pro, mais les écarts sont faibles entre les concurrents et les positions changent régulièrement. En GTE Am, c’est la Ferrari n°84 qui est solide leader.
A la faveur des ravitaillements, la Jackie Chan n°38, pilotée par Ho-Pin Tung aligne le meilleur temps du LMP2 et en profite pour passer devant la Rebellion. Vers 9h du matin, la Rebellion n°31 est accablée par les problèmes et doit s’arrêter pendant près d’une heure et demi.

24 heures du Mans : Porsche souffre aussi, les LMP2 à la fête

A 11h10, alors que la Porsche n°2 revient comme un boulet de canon et s’empare de la 5ème place, nouveau coup de théâtre avec la Porsche de tête qui ralentit dans les Hunaudières puis s’immobilise ! André Lotterer, qui était à son volant, est contraint d’abandonner ! L’impensable devient réalité, une LMP2 prend la tête des 24h du Mans ! Les 3h30 restantes s’annoncent haletantes avec l’autre prototype Porsche revenu à 2 tours de la LMP2 n°38 du Jackie Chan DC Racing !

La lutte à distance et à son comble et la Porsche revient fort, environ 10 secondes plus vite à chaque tour. A une heure et demie du terme, l’écart entre les 2 voitures de tête passe sous la minute. Peu avant 14h, soit à un peu plus d’1h de la fin de course, l’inéluctable se produit et la Porsche n°2 de Timo Bernhard passe la Jackie Chan n°38, alors pilotée par Ho-Pin Tung.

24 heures du Mans : Porsche accroche une 19e victoire à son tableau

Porsche s’envole vers une nouvelle victoire aux 24 heures du Mans, sauf si la fiabilité décide de s’en prendre encore une fois aux LMP1 ! Alors que le classement semble se figer en tête, la lutte continue en GTE Pro entre la Corvette n°63 et l’Aston Martin n°97.

A 15h, Porsche peut pousser un gros ouf de soulagement car son prototype n°2 franchit la ligne d’arrivée des 24 heures du Mans en vainqueur ! Superbe exploit des LMP2, la Jackie Chan DC Racing n°38 s’emparant de la victoire en LMP2 et de la 2ème place au général, battant par la même occasion le meilleur résultat d’un prototype LMP2 (5ème). La bataille finale en GTE Pro a été incroyable. A ce petit jeu, c’est l’Aston Martin n°97 qui l’emporte, la Corvette n°63 finissant au ralenti ! En GTE Am, c’est la Ferrari n°84 qui s’impose sur le double tour de l’horloge mancelle.

Notre analyse de ces 24 heures du Mans par catégorie

En LMP1, on croyait que c’était perdu d’avance pour Porsche, la faute à une voiture moins performante et seulement deux prototypes engagés. Finalement, le constructeur allemand s’offre un 19ème sacre sur la plus grande course du monde ! Malgré une fiabilité qui ne s’est pas montrée exemplaire sur ces 24 heures du Mans, Porsche a réussi une nouvelle fois à se jouer de la malchance de Toyota pour s’imposer. Le constructeur nippon avait pourtant mis les moyens : gros développement châssis et moteur et engagement d’un 3ème prototype. Tout était réuni pour voir enfin Toyota s’imposer. Souvent rapide, mais montrant des soucis de fiabilité importants sur une course de 24 heures, l’histoire de Toyota avec Le Mans est un éternel recommencement.

Nul doute que la déception doit être encore énorme dans le camp japonais. Dans son ensemble, le LMP1 a vécu une véritable hécatombe, seulement deux voitures sur les six engagées étant capables de rallier l’arrivée. Et chacune d’entre elle a été immobilisée au moins une heure à cause de problèmes techniques.

Comme annoncé, le LMP2 nous a promis de superbes batailles ! A ce petit jeu, c’est l’équipe chinoise Jackie Chan DC Racing avec sa n°38 qui est passée tout près de l’exploit. En finissant 2ème du général et vainqueur dans sa catégorie, l’équipage de Thomas Laurent (désigné meilleur rookie) nous a offert une belle lutte face aux deux Rebellion. La n°13 est finalement déclassée à l’issue des vérifications techniques et cède sa 3ème place sur le podium général au second équipage du Jackie Chan DC Racing, la n°37. L’Alpine A470 n°35  monte quant à elle sur la 3e marche du podium LMP2 suite à cette disqualification. La déception reste pour les voitures de l’équipe Signatech-Alpine, qui n’ont jamais pu se mêler à la bataille pour la victoire, ainsi que pour G-Drive, qui confirme son désamour envers la classique mancelle.

Du côté des GTE Pro, l’Aston Martin n°97 s’impose devant la Ford n°67 et la Corvette n°63 sur fond de polémique. En cause, la fameuse « Bop » (Balance of Performance) ajustant les performances des voitures afin d’avoir une lutte serrée. Problème, alors que tous les autres constructeurs ont des voitures récentes, l’anglaise en est à sa 9ème participation et sa « lenteur » exaspère la concurrence. Pour que la bataille soit « équitable », les Ford, Ferrari, Porsche et Corvette voient leurs moteurs bridés et du lest supplémentaire est ajouté. Ayant une voiture lente en virage, l’Aston Martin se retrouve avec un rapport poids-puissance supérieur aux concurrents afin de faire des temps au tour similaire. Sauf que le tracé manceau est jalonné de longues lignes droites, et la puissance a beaucoup d’importance.

Ainsi, même si elles s’inscrivent moins bien en virage, les V8 Vantage sont presque impossibles à doubler dans les lignes droites. Autre problème, souligné cette fois par Sébastien Bourdais, c’est le nivellement par le bas de la catégorie. Comment expliquer que la Ford GT de course développe 500ch, alors que le modèle de série en fait 656 ? Le dernier point concerne la sécurité : les GT sont aujourd’hui trop lentes par rapport au prototype. Le différentiel entre les LMP1 et les GT est d’environ 35 secondes, alors qu’il est d’environ 25 secondes entre les LMP2 et les GT. Il semble important pour la catégorie de remédier à ce problème en augmentant la vitesse des GT pour éviter de tels écarts de vitesse.

Moins exposée, la catégorie du GT Am (amateur) a été plus discrète sur le plan de la course. Les n°84, 55 et 62 sauvant les honneurs de Ferrari en s’offrant un triplé. A noter la 6ème place de l’écurie du « Dr Mamour » Dempsey-Proton Racing.

En conclusion, alors que certains craignaient que cette 85ème édition des 24h du Mans ne soit jouée d’avance, celle-ci nous a tenus en haleine et fut le théâtre de nombreux rebondissements. Cette année encore, la joie est dans le clan Porsche et la tristesse chez Toyota. Il nous faut espérer que l’an prochain, la marque de Stuttgart vienne avec l’objectif de décrocher une 20ème couronne, et que Toyota aura à cœur de conjurer le mauvais sort. En attendant, Toyota cherchera certainement à prendre sa revanche aux 6 heures du Nürburgring le 16 juillet prochain !