Dix ans après son premier succès en Formule 1 au Canada, Lewis Hamilton a remis ça avec une victoire acquise dans un fauteuil au GP du Canada, lui permettant de recoller à Vettel au championnat. L’Allemand, victime des circonstances de course, a réussi à limiter la casse en échouant au pied du podium.

GP du Canada, Lewis Hamilton vainqueur (crédits : FIA)

Un week-end à l’avantage de Mercedes et Ferrari au GP du Canada

Pour ce septième rendez-vous du grand cirque de la Formule 1, les pilotes et les écuries se sont retrouvés sur le circuit urbain de l’île Notre-Dame à Montréal. Emprunté depuis 1978, le circuit Gilles Villeneuve avait vu en 2007 la toute première victoire de Lewis Hamilton, alors rookie chez McLaren. Sur un circuit rapide, apprécié des pilotes, pardonnant peu les erreurs (avec le fameux « Mur des Champions ») et nous ayant montré quelques-uns des plus beaux grand prix par le passé, comme en 2008 et 2011, la course était prometteuse !

Victorieuses lors du précédant grand prix en Principauté de Monaco, les Ferrari se montrent en forme dès les essais libres en signant le meilleur temps des EL2 avec Raikkonen et le meilleur temps des EL3 avec Vettel. Après un weekend princier cauchemardesque pour les pilotes Mercedes, en proie à des problèmes d’exploitation pneumatique, les Flèches d’Argent retrouvaient des couleurs en s’adjugeant le meilleur temps des EL1.

GP du Canada : Lewis Hamilton égale le record de pole position d’Ayrton Senna

Ne partant pas favori des pronostics pour la pole position, Lewis Hamilton a néanmoins réussi un tour exceptionnel en qualification et faisant désormais jeu égal avec son idole Ayrton Senna pour le nombre de pole position, en profitant également pour battre le record du circuit ainsi que Sebastian Vettel pour la première position sur la grille.

Le pilote allemand, quant à lui, s’élançait devant Valterri Bottas et son équipier Kimi Raikkonen. Les Red Bull de Max Verstappen et Daniel Ricciardo verrouillaient la 3ème ligne devant la Williams de Felipe Massa, les Force India de Sergio Perez et le français Esteban Ocon. Nico Hulkenberg pour sa part, complétait le top 10 au volant de sa Renault. L’autre français, Romain Grosjean, ne fut pas en mesure de hisser sa Haas en Q3 et dut se contenter de la 14ème place, avec pour maigre consolation de voir son équipier Kevin Magnussen seulement 18ème.
GP du Canada, résultat des qualifications (crédits : FIA)

GP du Canada : Pirelli apporte ses trois pneus les plus tendres pour la course

Pour ce GP du Canada, Pirelli a amené ses composés Ultra Tendres, Super Tendres et Tendres. Pneumatiques ayant fait l’objet de critiques pour leur trop grande dureté, notamment sur des circuits urbains glissants et peu abrasifs tels que Monaco et Montreal. Pour cette course, l’ensemble des pilotes a choisi de s’élancer avec les pneumatiques Ultra Tendres, avec l’obligation de s’arrêter au moins une fois pour chausser des Super Tendres ou des Tendres au terme des 70 tours prévus.

GP du Canada : la course en détail, tour après tour

Départ mouvementé au GP du Canada (crédits : FIA)

Dès le départ, l’envol d’Hamilton est impeccable, tandis que Vettel est débordé par Bottas et Verstappen. L’autre pilote Ferrari, Kimi Raikkonen, n’a pas été plus en verve et est redescendu 6ème après avoir été doublé par les deux Red Bull. L’événement du départ du GP du Canada a lieu plus loin dans le peloton, avec un impressionnant crash impliquant Sainz, Massa et Grosjean. Deux dangereux changements de direction de la part de l’espagnol sur le français ont eu pour conséquence d’envoyer la Toro Rosso dans l’herbe à pleine vitesse, percutant le pilote Williams qui se trouvait sur son chemin.

Cet incident eu pour conséquence l’apparition de la voiture de sécurité dès le premier tour afin de dégager les monoplaces. Sebastian Vettel n’est pas sorti indemne du départ avec un flap sur l’aileron avant qui se détachait suite à une touchette avec la roue arrière gauche de Max Verstappen au premier virage. Sous voiture de sécurité, le top 10 était le suivant : Hamilton, Verstappen, Bottas, Vettel, Ricciardo, Perez, Ocon, Hulkenberg, Kvyat et Vandoorne. Au restart, Hamilton gère parfaitement son envol tandis que Vettel est en souffrance avec son aileron avant cassé. Raikkonen perd également sa position face à Perez suite à une petite excursion dans l’herbe. A la fin du cinquième tour, Vettel choisit de s’arrêter pour changer d’aileron avant et mettre un train de pneus Super Tendres. Il repart en 18ème et dernière position.

Max Verstappen doit abandonner sur bris mécanique au 11e tour, alors qu’il tenait une belle seconde place avec sa Red Bull. La direction de course fait le choix surprenant d’utiliser la voiture de sécurité virtuelle à la place d’une vraie voiture de sécurité, ce qui prive l’ensemble des spectateurs d’un regroupement et d’une reprise de course intéressante. Plusieurs pilotes profitent de cette intervention pour adapter leur stratégie de course : Hulkenberg, tout comme Palmer et Ericsson, en profitent pour changer de pneus et troquer leurs Ultra Tendres pour des Super Tendres. Après trois tours, le restart est donné et Hamilton reprend confortablement la tête du GP du Canada.

A la fin du 17ème tour, Raikkonen, bloqué derrière Perez, fait le choix de s’arrêter pour chausser des Super Tendres neufs et tenter l’undercut. Dans le tour suivant, c’est Ricciardo qui s’arrête pour ne pas se faire piéger par l’arrêt prématuré du Finlandais. Etonnamment, Red Bull choisit de lui chausser des pneus Tendres, pourtant en grande difficulté sur cet asphalte glissant. Perez réagit au 19ème tour et rentre pour changer de pneus. Il ressort derrière Ricciardo et devant Raikkonen… Pari perdu pour le pilote Ferrari.

Loin devant, Hamilton et Bottas gèrent tranquillement leur course en maintenant un rythme élevé sans changer de pneus. Derrière, Vettel remonte l’ensemble du peloton pour se retrouver en 8ème position dans la 23ème boucle. Bottas s’arrête dans le 24e tour pour chausser des Tendres, il ressort 3ème derrière le français Esteban Ocon, qui ne s’est toujours pas arrêté et dont le rythme en Ultra Tendres usés est similaire à Ricciardo (alors 4ème) et ses Tendres neufs. Au 30ème tour, Bottas revient dans les échappements du pilote français, sans pour autant réussir à le dépasser. Derrière, la lutte pour la 9ème place entre Hulkenberg, Kvyat et Magnussen fait rage. Le danois de chez Haas nous gratifiant de manœuvres de défense pour le moins limite. Le 32e tour signe l’arrêt au stand pour Hamilton et Ocon qui font le choix des Super Tendres. Le pilote Mercedes ressort plus de neuf secondes devant Bottas. Ocon repart lui 6ème, juste derrière Raikkonen et devant Vettel.

A la mi-course, le top 10 est le suivant : Hamilton, Bottas, Ricciardo, Perez, Raikkonen, Ocon, Vettel, Alonso, Hulkenberg et Kvyat. Le pilote Mclaren étant le seul à ne pas s’être encore arrêté. Disposant d’un rythme assez faible avec ses pneus tendres, Ricciardo voit revenir dans ses rétroviseurs les Force India et les Ferrari, souhaitant lutter pour la dernière marche du podium. A la radio, Hamilton s’inquiète de la stratégie de Vettel, demandant à son ingénieur si ce dernier va effectuer un autre arrêt au stand. Au 42ème tour, c’est Raikkonen qui surprend en effectuant un 2ème arrêt pour disposer d’un train d’Ultra Tendres, bien plus efficaces sur le circuit Canadien. Derrière Ricciardo, les deux pilotes Force India et Vettel n’arrivent pourtant pas à se défaire de l’Australien.

C’est pourquoi, au 50ème tour, Vettel choisit comme son coéquipier de s’arrêter et chausser des Ultra Tendres devant lui permettre de boucler les 20 derniers tours en boulet de canon.

Les Force India se retrouvent seules à l’affut derrière la Red Bull de Ricciardo. L’ingénieur de Perez sommant son pilote à laisser passer Ocon s’il n’arrive pas à passer l’australien. Le but étant de donner une chance à Ocon de passer Ricciardo grâce à ses pneus plus frais, mais également de se prémunir du retour imminent des Ferrari, très rapides avec leurs pneus neufs.

Malgré la consigne, le mexicain de Force India refuse d’obtempérer à coup de « let us race ! » auprès de son ingénieur. La conséquence est le retour de Raikkonen et Vettel, revenant sur ce groupe en reprenant à chaque tour plus d’une seconde pour le Finlandais et plus d’une seconde et demi pour l’Allemand. Au 60ème tour, alors que Raikkonen allait faire la jonction avec le groupe Ricciardo/Perez/Ocon, il est victime d’un problème de récupération d’énergie qui le prive d’une partie des freins arrière et le font tirer tout droit à la dernière chicane.

Le bénéficiaire est son équipier Vettel qui aligne les records du tour et revient dans la boîte de vitesses d’Ocon à 7 tours de l’arrivée. Pendant ce temps, c’est l’incompréhension entre Raikkonen et son ingénieur pour le choix du mode afin de résoudre le problème de KERS. Problème néanmoins résolu au 65ème tour, permettant au pilote Ferrari de sécuriser sa 7ème place devant la Renault d’Hulkenberg. Dès le début du 66ème tour, grosse bagarre entre les deux Force India et Vettel. Le pilote Ferrari en profitant pour passer le français, obligé de tirer tout droit au premier virage.

Dans la foulée, Vettel se fait une petite frayeur en court-circuitant le virage 9 suite à une glissade, mais en profite pour dépasser l’autre Force India de Perez. Dans le dernier tour, on assiste à la victoire confortable d’Hamilton devant son équipier Bottas. Ricciardo complète le podium juste devant Vettel. S’en suivent Perez et Ocon. Puis Raikkonen. Le local Lance Stroll inscrivant ses premiers points en F1 après une course propre.

Fernando Alonso subit une nouvelle désillusion à deux tours de l’arrivée du GP du Canada, alors qu’il était en mesure de marquer les points de la 10e place, ses premiers points au championnat. Qu’à cela ne tienne ! Immobilisant sa McLaren Honda de l’écurie de Woking en bord de piste, le pilote espagnol en profite pour visiter les tribunes, offrant du même coup au public une expérience exceptionnelle ! Profitant de l’abandon d’Alonso, c’est l’autre français, Romain Grosjean qui vient chercher le point de la 10ème place en emmenant ses pneus Super Tendres du 2ème au 70ème tour de course !

Notre analyse du GP du Canada

Ce weekend Montréalais a ressuscité la Mercedes, très en difficulté à Monaco, en passant à travers les embûches et profitant d’un rythme de course très élevé et d’une parfaite gestion pneumatique. La déception vient du côté de Ferrari. Impressionnante à Monaco et lors des essais libres, la Scuderia a sombré peu à peu et n’a pas réussi à éviter les ennuis en course. Si le rythme était élevé, les hommes en rouge le doivent avant tout à une stratégie à 2 arrêts.

La bonne surprise provient des Force India, très véloces et bien devant le groupe « des autres » composé des Toro Rosso, Williams, Renault et Haas.

Côté Renault, Hulkenberg continue son bon travail avec une belle 8ème place. En revanche, son équipier Jolyon Palmer est toujours hors des points et peut s’inquiéter des tests effectués par le revenant Kubica au volant d’une Lotus E20 durant la semaine.

Sur le plan pneumatique, ce grand prix a confirmé que les composés apportés par Pirelli sont très durs et, à l’instar de Monaco, les stratégies d’undercut n’ont pas fonctionné. Les Super Tendres neufs n’apportant pas de gains face à des Ultra Tendres usés. Ces derniers étant capables de boucler plus de la moitié de la course.

Au championnat, la bonne opération est évidemment pour Hamilton qui revient à 12 points de Vettel après le GP du Canada. Les finlandais Bottas et Raikkonen complètent le classement devant les deux Red Bull de Ricciardo et Verstappen. Esteban Ocon profite du double abandon de Sainz et Massa pour s’emparer de la 8ème place. Sur le plan constructeur, Mercedes fait le carton plein avec ce doublé et passe en tête devant Ferrari et Red Bull. Force India, quant à elle, consolide sa 4ème place au classement. Le prochain rendez-vous sera encore urbain, puisque le monde de la Formule 1 se rendra dans 15 jours à Bakou pour la 2ème édition du grand prix d’Azerbaïdjan où il sera très intéressant de voir si la forme de Mercedes entrevue ce weekend se confirme.