Quelques jours seulement après avoir conclu le week-end à Spa dans les Ardennes belges, le paddock de la Formule 1 s’attaque à un autre mythe considéré comme le temple de la vitesse : Monza en Italie. Après sa courte victoire en Belgique, Mercedes et Hamilton voulaient surclasser une équipe Ferrari surmotivée à domicile, pour le Grand Prix de Monza. Au prix d’une impressionnante domination, Mercedes et Hamilton ont triomphé sur les terres de Ferrari de manière insolente. Le pilote anglais en profite pour glaner sa 59ème victoire et prendre la tête du classement du championnat du monde.

Grand Prix de Monza, 2017, parade aérienne au départ

Grand Prix de Monza, sur le circuit le plus rapide du monde !

Si jadis, quatre grands prix avaient l’honneur d’être considérés comme des circuits de « vitesse », ils se font désormais plus rares. En effet, le circuit d’Imola s’est vu « raboté » par des chicanes en 1995 suite au décès de Senna et Ratzenberger en 1994, et n’accueille plus la Formule 1 depuis 2006. Même constat pour Hockenheim qui n’emprunte plus les terrifiantes lignes droites en plein cœur de la forêt allemande depuis 2002 et n’est pas utilisé cette année. Montréal est lui toujours présent au calendrier mais le plus rapide de tous est sans conteste Monza !

Avec ses longues lignes droites, ses gros freinages, ses chicanes et ses courbes rapides, Monza n’est pas considéré comme un circuit technique mais les vitesses atteintes sont affolantes. Des vitesses de l’ordre de 370km/h ont été atteintes à l’époque des V10 et cette même ère détient toujours le record du tour le plus rapide de l’histoire de la F1 avec Juan Pablo Montoya au volant de sa Williams-BMW en 2004 qui a réalisé un chrono de 1min19sec525 à 262km/h de moyenne lors des pré-qualifications !

Le podium du Grand Prix de Monza en 2016

Cette année, avec des monoplaces bien plus rapides en courbes mais moins véloces en ligne droite, on imaginait les pilotes se rapprocher de cette référence mais sans pour autant pouvoir la battre. C’est sûrement le seul tracé de la saison où la réglementation aérodynamique et pneumatique sera la moins favorable. L’an passé, Hamilton avait réalisé la pole position 1:21:135 mais c’est le futur champion du monde Nico Rosberg qui avait remporté la course.

Avec ses 5,793km à parcourir 53 fois, vous aurez bien compris que les deux principales qualités d’une Formule 1 pendant le Grand Prix de Monza sont sa vitesse de pointe et sa capacité de freinage. Ce sont donc les moteurs les plus puissants qui sont à leur aise, d’autant que l’accélérateur est à fond pendant 75% du tour. Comme souvent, les ailerons sont braqués au minimum afin de favoriser la vitesse de pointe et les voitures ayant une faible traînée sont favorisées.

Si les courses par temps sec à Monza ne sont pas toujours les plus passionnantes, celles-ci peuvent se révéler surprenantes lorsque les dieux de la météo s’en mêlent. On se souviendrait de l’incroyable première victoire en carrière de Vettel au volant de la modeste Toro Rosso en 2008. Intégralement disputé sous la pluie, l’Allemand a alors démontré au monde entier son immense talent.

Pirelli au Grand Prix de Monza

Du côté de Pirelli, assez étrangement, il n’a pas été jugé bon de sélectionner les pneumatiques les plus tendres comme à Spa-Francorchamps alors que le tracé italien est réputé un peu plus doux pour les pneus. On imagine qu’avec des vitesses plus élevés, le manufacturier italien n’a pas voulu prendre de risques. C’est pourquoi les Super Tendres, les Tendres et les Mediums étaient de sortie. Avec, à la clé, une stratégie simple d’un seul arrêt (sauf safety-car) à envisager pour les équipes, puisque les pneus Mediums ne devaient pas être utilisés.

Grand Prix de Monza 2017 : Ferrari menacée à domicile !

Arrivé avec seulement 7 points d’avance sur Hamilton au championnat, Vettel était clairement sous la menace de son plus proche rival. Ferrari revenait malgré tout rassuré par son week-end belge où l’on n’attendait pas la monoplace aussi proche des flèches d’argent. Néanmoins, Mercedes restait en tête des pronostics grâce à sa vitesse de pointe, mais aussi sur l’utilisation de l’huile comme carburant, comme nous vous l’expliquions lors du dernier grand prix. Ainsi, avec sa limite d’utilisation d’huile plus élevé, le gain de temps estimé pour les Mercedes est de 1 dixième au tour en qualification et environ 5 secondes sur la durée d’un grand prix, et ce, pour cet unique paramètre !

Derrière ces deux mastodontes, une pluie de pénalités pour changement de moteur se faisait attendre ! De nombreuses écuries estimaient en effet n’avoir aucune chance sur ce Grand Prix de Monza, dont Red Bull qui avait prévu de partir du fond de grille après avoir monté des moteurs neufs sur ses deux voitures. L’écurie au losange estime en effet que le prochain grand prix à Singapour lui sera plus favorable.

Au rang des pronostics, on pariait aussi sur les monoplaces motorisées par Mercedes comme Force India ou Williams, qui semblaient en mesure de jouer les gros points grâce à leur bonne vitesse de pointe. D’autant qu’après un Grand Prix de Belgique chaotique, les relations se sont (légèrement ?) apaisées entre Perez et Ocon. Et, au vu des pénalités qui étaient prévisibles, nous pouvions également compter sur Haas pour faire un gors coup, tandis que pour nous, Sauber et McLaren devaient à nouveau souffrir du manque de puissance de leurs moteurs.

Grand Prix de Monza : des qualifications chaotiques

Grand Prix de Monza, 2017, safety car de sortie pendant les qualifications

Les qualifications ont été le lieu d’un spectacle houleux. Disputées sous la pluie, la première partie fut désolante avec des reports interminables provoquant l’incompréhension des spectateurs. En cause, la sortie de Grosjean au bout de la ligne droite et ses commentaires sur les conditions trop dangereuses pour la F1. Or, la télémétrie a révélé que le pilote Haas était le plus rapide dans la ligne droite avec 297km/h. Dans ces conditions, on peut rejoindre les propos du controversé Flavio Briatore, indiquant que c’est au pilote de s’adapter aux conditions d’adhérence et d’adapter sa vitesse à celle-ci.

Grand Prix de Monza, 2017, Valtteri Bottas en qualifications (crédits : Pirelli)

Mais après cette longue attente, nous avons le droit à un superbe spectacle en piste menant au nouveau record de pole d’Hamilton (69 pole position), des Red Bull créditées des 2èmes  et 3èmes  meilleurs temps, mais aussi de la superbe performance de Stroll, 4ème temps et en première ligne sur la grille suite aux pénalités des Red Bull ainsi que de Ocon, 5ème temps et 3ème sur la grille. Et le week-end s’annonce mal pour Ferrari, dont la contre-performance sous la pluie ne leur permet pas de faire mieux que les 7ème et 8ème temps !

Lewis Hamilton aux stands pendant les qualifications du Grand Prix de Monza sous la pluie (crédits : Pirelli)

Grand Prix de Monza 2017 : récit de course

Grand Prix de Monza, 2017, Valtteri Bottas en qualifications (crédits : Pirelli)

Contrairement aux qualifications du samedi disputées dans des conditions de piste difficiles, la course du dimanche se court sous un beau soleil. Le départ du Grand Prix de Monza se passe sans encombre, et Ocon déborde immédiatement Stroll tandis qu’Hamilton conserve aisément la tête de la course. A la fin du premier tour, le top 10 est le suivant : Hamilton, Ocon, Stroll, Bottas, Raïkkonen, Vettel, Massa, Verstappen, Perez et Magnussen.

Au 3ème tour, Bottas passe Stroll qui n’oppose pas de résistance alors que Massa et Verstappen s’accrochent ce qui provoque la crevaison du Néerlandais ainsi qu’une casse de son aileron avant. Dans le même temps, Vettel prend l’avantage sur son équipier Raïkkonen. Au tour suivant, c’est Ocon qui se fait passer par Bottas. Egalement motorisé par Mercedes, il ne résiste pas, à l’instar de Stroll. Au 5ème tour, Vettel passe Stroll, puis Ocon au 8ème tour, ce qui le place désormais 3ème. Au bout de seulement 10 tours, Hulkenberg s’arrête déjà pour chausser les gommes tendres et tenter une stratégie différente. Peu de mouvement dans ce début de course où Raïkkonen est bloqué derrière Stroll. Il décide d’anticiper son arrêt et rentre aux stands à la fin du 15ème tour pour tenter l’undercut. Ocon réplique le tour suivant en s’arrêtant pour troquer ses Super Tendres pour des Tendres. Grâce à un excellent arrêt de la part de Force India, le pilote français ressort devant Raïkkonen. Un tour plus tard, c’est Stroll qui effectue son changement de pneus qui n’est pas très rapide. Il ressort derrière le pilote Ferrari. Les autres pilotes continuent en piste sans changer de pneus car les Ultra Tendres usés conservent un bon rythme. Ainsi, les mouvements sont peu nombreux et Raïkkonen est bloqué derrière Ocon. Ce n’est qu’à l’entame du 27ème tour que le finlandais prend le meilleur sur le français, grâce à l’aide artificielle du DRS. Ocon n’a pas un gros rythme en course et Stroll bute sur le pilote Force India, sans réussir à le passer.

Ce n’est qu’à la fin du 31ème des 53 tours du Grand Prix de Monza 2017 que Vettel rentre aux stands pour changer de pneus. Il ressort en 4ème place, derrière Ricciardo qui n’a toujours pas changé de pneus et qui a un excellent rythme. Le tour suivant, c’est Hamilton qui chausse des Tendres puis Perez ainsi que Bottas. Au 34ème tour, Vandoorne doit abandonner sur une nouvelle panne moteur. C’est dommage pour le Belge qui était alors 10ème. Quatre boucles plus tard, Ricciardo s’arrête pour chausser des Super Tendres. En étant sur une stratégie décalée avec un début de course en Tendres, il s’autorise 15 derniers tours très rapides avec une gomme plus performante. Il ressort en 5ème position derrière Raïkkonen. A 15 tours du but, le top 10 est le suivant : Hamilton, Bottas, Vettel, Raïkkonen, Ricciardo, Ocon, Stroll, Massa, Perez et Magnussen.

Ricciardo revient très fort sur Raïkkonen qui manque de rythme. L’Australien double le Finlandais au début du 41ème tour au prix d’un superbe dépassement. Le pilote Red Bull est à 11 secondes de Vettel pour la 3ème place alors qu’il reste 11 tours. A ce moment, Ricciardo est plus d’une seconde plus rapide que le pilote Ferrari et s’empare du meilleur tour en course. A 8 tours de l’arrivée, l’écart entre Vettel et Ricciardo n’est plus que de 8 secondes mais le pilote Ferrari semble en mesure de gérer et ne s’affole pas. Au 48ème tour, Verstappen prend la 10ème place à Magnussen au prix d’un dépassement un peu osé pour le dernier point en jeu. La fin de course voit Ocon se rapprocher, en bagarre pour la 6ème place. Ocon contient Stroll mais Massa et Perez reviennent sur le groupe. Dans le dernier tour, Hamilton et Bottas finissent tranquillement en gérant leur avance tandis que Vettel n’est pas inquiété par Ricciardo. Massa tente d’attaquer Stroll mais le jeune canadien ferme la porte et ne se laisse pas déborder.

Le classement ne change pas jusqu’au drapeau à damier qui voit la victoire d’Hamilton devant son équipier Bottas. Vettel est 3ème juste devant Ricciardo. Raïkkonen est 5ème alors qu’Ocon réussit à conserver sa 6ème place devant Stroll, Massa et Perez. Verstappen vient glaner le point de la 10ème place.

Que conclure de ce Grand Prix de Monza 2017 ?

Ce week-end, la domination de Mercedes fut sans partage. Si l’avantage lié à l’utilisation de l’huile est certain, on peut néanmoins s’inquiéter de la grande différence avec les Ferrari. Après un excellent week-end à Spa-Francorchamps, la Scuderia a inquiété sur ses terres, au point d’afficher un rythme de course inférieur aux Red Bull, Raïkkonen ayant toutes les difficultés du monde à se défaire d’une Williams et d’une Force India. Pire encore, les qualifications sous la pluie ont été très compliquées pour les deux pilotes. Si l’écurie italienne n’a peut-être pas trouvé les bons réglages, notamment sur l’exploitation des pneus, il apparaît évident que la monoplace de Vettel et Raïkkonen n’est pas très à l’aise en ligne droite et préfère les virages. Si Spa réclame une bonne vitesse de pointe, les virages restent nombreux et peuvent faire la différence, contrairement à Monza où l’écart se fait dans les longues portions de ligne droite.

Red Bull a étonné, ce ne fut pas surprenant en qualifications avec la pluie, ce le fut en revanche nettement plus en course où Ricciardo finit sur les talons de Vettel malgré un départ du fond de grille. La monoplace semble être né avec une faible traînée aérodynamique favorable à la vitesse de pointe. De plus, Renault a apporté une évolution apportant un petit plus en puissance et confirme ses progrès dans ce domaine, même si la fiabilité reste à améliorer. Nouvelle déception en revanche pour Verstappen, à nouveau très rapide en qualifications et à nouveau victime des aléas de la course le dimanche. Si le jeune pilote néerlandais a souvent joué de malchance avec de nombreux problèmes techniques, peut-être doit-il canaliser davantage sa fougue en course afin de marquer plus de points, son incident à Monza avec Massa étant largement évitable. Son équipier Ricciardo déçoit quelque peu en lors des qualifications (alors que ce fut longtemps sa qualité principale) mais est devenu un excellent « racer » et tire le maximum de sa machine en course pour engranger de précieux points.

Force India a vécu un week-end beaucoup plus calme entre ses deux pilotes ! Ocon a fait parler tout son talent sous la pluie en qualifications et a fait son possible en course pour finir devant les deux Williams. Cependant, on aurait pu penser que le rythme de la monoplace serait meilleur sur ce circuit.

Une des bonnes surprises provient justement de Williams avec l’exploit de Stroll en qualifications ainsi qu’un rythme de course des plus intéressants. Incapable de doubler Ocon, on peut imaginer un meilleur résultat pour Stroll s’il était parvenu à trouver l’ouverture. Massa, de son côté, a affiché un super rythme en course pour finir dans les échappements de son équipier, malgré un départ plus lointain.

Enfin, McLaren a également surpris par sa vitesse avec son faiblard moteur Honda. Mais si on peut imaginer que les nouvelles spécifications apportent un plus en termes de puissance, la fiabilité n’est toujours pas au rendez-vous. McLaren qui joue son avenir pour sa motorisation, en espérant pouvoir bénéficier du moteur Renault l’an prochain tandis que Honda motoriserait Toro Rosso. Renault pourrait récupérer Sainz dans la transaction et Toro Rosso permettrait à Honda de continuer de développer son moteur. Le but étant que Red Bull puisse à terme utiliser un moteur Honda exclusif pour son écurie.

Comme attendu, pas d’exploit de la part de Toro Rosso, Haas ou Sauber. Chez Haas, Grosjean ayant malgré lui provoqué le report des qualifications après sa sortie de piste et ses commentaires radio évoquant des conditions météos inacceptables pour faire rouler des Formule 1. Le pilote français a vu sa cote écornée suite à cet incident et les critiques ont fusé, comme par exemple Helmut Marko le gratifiant d’un terrible : « Il n’y a pas de raison de suspendre la séance à cause d’une sortie de piste de Grosjean car Grosjean sort de la piste assez souvent… ». L’analyse des images montrant que le pilotes Haas a redonné un gros coup d’accélérateur après un début d’aquaplaning alors qu’un Hamilton, lui aussi victime d’un début d’aquaplaning au même endroit, a totalement relâché l’accélérateur.

Au championnat, c’est évidemment une excellente opération pour Hamilton qui s’empare de la tête du classement. Statu quo au niveau des constructeurs où Mercedes accentue son avantage sur Ferrari. Prochain grand prix à Singapour, terre maudite de Mercedes où Ferrari est annoncée comme favorite sur un tracé sinueux. Rendez-vous le 17 septembre pour suivre la 14ème manche du championnat du monde de Formule 1 !