Romain Dumas et ses victoires, Sébastien Loeb et son record absolu… Les pilotes français engagés en catégorie Pikes Peak auto ne viennent pas pour la figuration ! S’ils restent peu nombreux à affronter la course de côte mythique, ceux qui s’y mesurent ont construit la légende des pilotes auto français sur cette course mythique.

Michèle Mouton victorieuse sur Audi Quattro S1 groupe B au Pikes Peak auto 1985 (crédits : Corporate Archives of Audi AG)

Pikes Peak auto : René Le Bègue et Jean Trevoux, les pionniers en 1941

Pikes Peak auto : Jean Trévoux et René Le Bègue
En 1941, c’est un morceau de l’histoire internationale des pilotes français qui se joue. Même s’il reste méconnu de beaucoup de Français, Bruno Marlin a réussi à le faire sortir de l’oubli avec l’aide de Matt Carpenter, historien américain passionné par la course de Pikes Peak. Pour remettre l’histoire dans son contexte, prenez en compte que la Seconde Guerre Mondiale fait rage, et l’Europe n’est pas stable. Quand René Le Bègue et Jean Trévoux s’engagent aux 500 miles d’Indianapolis en 1940, ils n’imaginent à aucun moment qu’ils seront au départ de Pikes Peak en 1941 ! La principale cause ? L’embargo qui pèse sur les bateaux britanniques… Un concours de circonstances qui les pousse à engager leurs Talbot taillées pour les courses de vitesse dans des courses de côte dans le Colorado, histoire de passer le temps dirons-nous.

La première dans laquelle ils s’élancent, c’est Lands End à Grand Junction. Une course sur piste en terre, comptant 212 virages sur 23,3 kilomètres… C’est un nom familier des amateurs de Pikes Peak qui s’y impose : Louis Unser, pilote de course de côte emblématique et membre de la famille Unser qui s’est illustrée au Pikes Peak sur trois générations. Loin d’être ridicules, nos deux pilotes tricolores s’illustrent en prenant la 3e place pour René Le Bègue et la 4e pour Jean Trevoux, sachant que six des seize pilotes au départ n’arriveront pas à l’arrivée ! Un résultat brillant pour des pilotes au volant de voitures destinées à des courses de vitesse.

Archives sur la course de Lands End en 1941

Conséquence directe de ce résultat, les deux Français s’engagent au Pikes Peak de 1941… C’est donc ainsi que l’histoire commence pour les pilotes automobiles français dans la course vers les nuages. Le palmarès tricolore Pikes Peak auto était ouvert : Jean Trevoux termine 6e en 17’30 tandis que René Le Bègue est contraint à l’abandon.

Archives sur la course de Lands End en 1941

Pikes Peak auto : Michèle Mouton, la première à s’illustrer (1984 et 1985)

Une fois n’est pas coutume dans ce milieu plutôt masculin des sports mécaniques, et l’histoire retiendra que le premier pilote tricolore à s’imposer à Pikes Peak est une pilote, Michèle Mouton. Seconde au général en 1984 (et 1e en catégorie rallye), elle renouvelle l’expérience en 1985 et remporte le général et le record absolu en 11’25’’39 au volant d’une Audi Sport Quattro.

Michèle Mouton est une pilote automobile emblématique des années 80 et s’est notamment illustrée en rallye et en endurance. Nommée manager du championnat du monde des rallyes le 4 février 2011 par Jean Todt pour la FIA, elle est à ce jour la seule pilote à avoir remporté des rallyes, au point de déclencher une “guerre” entre constructeurs automobiles : c’est Audi qui aura le dernier mot face à Fiat et Lancia.

Pikes Peak auto : Christophe Jagoury, second français de l’ère moderne à se lancer

A bien y regarder, tout oppose l’aventure de Michèle Mouton en 1984 et 1985 de celle de Christophe Jagoury en 1991. Second français à se lancer à l’assaut de Pikes Peak, il est alors pilote de karting et ne s’est jamais engagé en course automobile ! Le défi est lancé : se lancer en solo, en pilote 100% amateur. Boucler le budget, acheter la voiture, ou encore apprendre à piloter sur terre, Christophe Jagoury réussit un pari aussi fou que génial, résumé par une montée spectaculaire.

Pikes Peak auto : Jean-Pierre Richelmi, pilote illustre sur terre et sur glace

En 1999 et 2001, celui qui fut le 3e pilote français à s’élancer pour la course de Pikes Peak auto, l’a fait pour la victoire. En 1999, il s’élance au volant de la Lancia Delta HF Integrale n°111 et remporte la victoire. En 2000, cet exploit ne se répètera pas suite à une crevaison en course. C’est donc dans un esprit de revanche que Jean-Pierre Richelmi s’aligne à nouveau au départ en 2001 au volant d’une Toyota Corolla WRC de 400 chevaux.
Jean-Pierre Richelmi a participé à Pikes Peak auto à bord de sa Lancia Delta Integrale HT (1999) et de sa Toyota Corolla WRC (2001)

Pikes Peak auto : en 2012, deux Frenchies visent la victoire !

Jean-Philippe Dayraut s’élance en 2012 à bord du Dacia Duster No Limit remis à jour par Tork Engineering. Après sa 3e place en 2011, il vise clairement la victoire au général à Pikes Peak. Malheureusement, un sérieux problème de freins le pousse à la faute alors qu’il était en lice pour la victoire.

L’autre français engagé en Unlimited, et grand prétendant à la victoire en cette édition Pikes Peak 2012, c’est Romain Dumas. Ce dernier commence là une série de participations qui n’a pas encore connu sa fin, avec à ce jour. Pour cette toute première participation, le rookie  réussit une très belle performance en terminant second au général, et surtout l’envie de prendre sa revanche l’année suivante .

2013, année faste pour les pilotes Pikes Peak auto

Pikes Peak auto : Sébastien Loeb réalise le record absolu en 2013 (crédits : Red Bull content pool)
Nul besoin de présenter Sébastien Loeb aux passionnés que vous êtes ! Lorsqu’il annonce sa participation à la célèbre course vers les nuages, le nonuple champion du monde WRC ne fait pas dans la dentelle… Et il est difficile de se dire qu’il sera rookie sur la ligne de départ ! Même s’il a fort à faire face à Jean-Philippe Dayrault et sa Mini No Limit, ou Romain Dumas sur Norma M20FC PP… L’expérience de Sébastien Loeb parle, et c’est lui qui remporte le Pikes Peak 2013, auteur par la même occasion du record absolu !

Romain Dumas est contraint à l’abandon suite à l’explosion de sa batterie, et Jean-Philippe Dayraut finit 3e au général. Nous n’oublions pas la participation de Grégoire Blachon et sa Subaru Impreza réplique de la 22B, qui a poussé l’originalité à intégrer un moteur diesel sous le capot. A noter aussi la participation de Simon Paguenaud en catégorie Exhibition, pilote Honda en IndyCar, au volant du Honda Odyssey et ses 530 chevaux.

Les pilotes tricolores aiment Pikes Peak auto, et y retournent

En 2014, Romain Dumas revient avec un fort esprit de revanche, après son abandon en 2013. Et depuis 2013, son objectif est clair : battre le record absolu de Sébastien Loeb ! Toujours engagé en Unlimited à bord d’une Norma développée spécialement pour la course, Romain Dumas gagne la course au général. De son côté, Vincent Beltoise court en Time Attack, sur la Porsche GT3 RS de Romain Dumas, et gagne sa catégorie !


2015 est une année sans pilote français engagé au Pikes Peak auto… Ils seront de retour en 2016, pour fêter dignement le centenaire de cette course mythique ! Au départ s’alignent Romain Dumas bien sûr, qui tente une nouvelle fois de battre le record de Sébastien Loeb à bord de sa Norma M20 RD. Il “échoue” à moins de 38 secondes du record absolu, affichant tout de même le second meilleur chrono de l’histoire de Pikes Peak ! C’est donc une superbe seconde victoire que s’offre le pilote alésien pour le centenaire de cette course d’exception. A cette occasion, Romain Dumas donne sa chance à Raphaël Astier en lui proposant le volant de sa Porsche GT3 RS. Il se classera meilleur rookie, second en Time Attack et dixième au général à seulement 25 ans !

Merci à Bruno Marlin qui nous a permis de retracer l’histoire des français engagés au Pikes Peak en voiture. Notre prochain volet de l’histoire des pilotes tricolores dans cette course mythique abordera les motos, side-cars et quad qui ont gravi ses 1440 mètres. Une façon pour nous de patienter jusqu’au départ de la 95e édition, le dimanche 25 juin.